Plus que jamais c’est dans l’adoption d’une éthique publique qui doit être partagée par le plus grand nombre et singulièrement par les états, et les entreprises globales, que nous devrons nous attaquer à la négligence de la vie humaine.

« Bien vivre » est l’enjeu de plusieurs cercles. Car « bien vivre » n’est pas une norme mais une perception.

Aucun système ne peut dire ce que « bien vivre » doit être au risque d’imposer sa vision du bonheur. Remarquons que les systèmes qui ont tenté cette démarche ont fini dans le totalitarisme. Car c’est bien connu, le bonheur ne peut être apprécié que par des gens éclairés et donc en position, et de le définir, et… de l’imposer !

Mais il y a d’autres façons de l’imposer, par la communication et en jouant sur la fibre la plus humaine qui soit, le désir d’accumulation et de transmission. Alors il suffit de créer les conditions qui vont permettre de « surfer » sur les différences psychologiques de chaque individu pour l’amener à consommer, épargner, investir dans une direction voulue.

« Bien vivre » devient le miroir aux alouettes, l’acte de consommation, celui de l’accomplissement, l’accumulation et sa transmission, ceux de la réussite d’une vie.

Or « Bien vivre » doit permettre à chacun de valoriser ses aspirations, son potentiel, sa capacité d’innovation, plus encore que d’accumuler sans autre espérance.

De façon réductrice « bien vivre » ne peut plus être seulement survivre. Or l’augmentation de la pauvreté, l’abandon de populations entières aux épidémies, le pillage des ressources naturelles, l’exploitation de la planète, le soutien à des régimes totalitaires et corrompus, démontrent que pour des milliards d’êtres humains, « bien vivre » n’est pas un objectif, mais une utopie quelle qu’en soit la forme.

« Bien vivre ensemble », serait-ce là l’aboutissement d’une humanité qui trouverait enfin le chemin de la dignité ?

L’action politique s’attache souvent à ce dernier objectif qui visent à réguler les excès, assurer la sécurité, à normer les échanges, se répartir les champs d’action, la richesse, les capacités de production, l’accès ou non aux logements, l’accès ou non à l’éducation, l’accès ou non aux soins, l’aménagement du territoire, l’urbanisme, les systèmes de transport…

Mais l’action politique se contente souvent de faire cette régulation sans avoir réglé les objectifs de « vivre » et même de « bien vivre » pour une partie de la population. Autant dire que « bien vivre ensemble »  n’est proposé qu’à un électorat donné à l’exclusion des autres. D’un enjeu pour tout un peuple « Bien vivre ensemble » est celui du pitoyable marchandage électoral.

Si bien que la justice n’est pas la même pour tous, car les règles ne touchent pas l’ensemble des groupes humains de la même façon. Or sans justice efficiente, il est vain de proposer le moindre idéal de « bien vivre ensemble »

Dans un monde qui est de plus en plus ouvert et qui, demain, le sera encore plus du fait des technologies de communication, de l’importance de la valeur ajoutée « immatérielle » dans la valeur ajoutée totale, des échanges culturels, intellectuels, sportifs, aucun peuple ne voudra, ne pourra et ne supportera de ne pas avoir accès au « bien vivre ensemble ».

C’est pourquoi la pression des peuples, celle des populations délaissées dans leur pays, celle de ceux qui acquiert la connaissance et l’éducation en étant laissés à l’écart ne permettra à aucun gouvernement national de garantir à ses ressortissants ou à ses électeurs  le « Bien vivre ensemble » distillé dans les promesses électorales. Plus dur sera le réveil, plus graves seront les conséquences.

L’enjeu est donc de taille. La pire des choses seraient que chacun, chaque groupe social, chaque peuple ne tire la couverture vers lui. Couverture déjà bien fragile qui partira en lambeau.

Nous sommes condamnés à prendre en compte le bonheur des autres dans la construction du notre, que ça nous plaise ou non.

C’est la chance de notre époque que de constater notre interdépendance. C’est l’enjeu de toute vision politique que de l’organiser.

« Bien vivre ensemble » c’est accepter l’interdépendance et donc la différence.


Christian Delom
Conseiller national du MoDem
Membre fondateur du GRID