La comparaison de ces deux époques mérite un flash back : l’appétit de pouvoir des empereurs a conduit à développer une gestion sophistiquée des affaires publiques et privées. Ceci a nécessité un personnel dédié aux tâches de gestion toujours plus important. Les scribes ont été recrutés parmi la population capable d’apprendre à lire, écrire et compter rapidement. Face à la nécessité, le recrutement s’est étendu aux esclaves. C’est ainsi que la boîte de pandore a été ouverte : l’esclavage a été aboli. La main d’œuvre gratuite est devenue payante. Pour plus de détails, se reporter aux livres d’histoire récents.

Naturellement, la situation à laquelle nous sommes confrontés est plus complexe, mais elle a ceci de commun avec la précédente que le pouvoir politique en place n’est pas connecté au terrain. Sentant le malaise, la prise de responsabilité est déportée sur des hyperexperts qui ne sont pas d’avantage connecté au terrain… car les médiatisés aiment rencontrer les médiatisés … pour refaire le monde. Qui n’aime pas rencontrer une personnalité toute rayonnante par ce qu’elle croit être son succès ?

C’est pourquoi, tant que nos élus rémunérés seront préoccupés par leur réélection, nous passerons à côté de l’essentiel. Réclamer le mandat unique n’est pas suffisant. Les militants doivent réclamer une véritable démocratie au sein de leur parti. Celle qui leur permet de travailler sur le projet programmatique et celle qui permet de choisir parmi eux des candidats éligibles.

« Parmi eux » : voila ce qui change tout : parmi les militants, c'est-à-dire des hommes et des femmes qui n’attendent pas un mandat pour vivre, mais simplement disposés à mettre temporairement leurs convictions au service de la communauté pour faire avancer le progrès social, économique et environnemental (écologie et international entre autres).

« Temporairement » voilà l’autre changement que nous devons atteindre. Dans une économie qui tourne de plus en plus vite et qui est de plus en plus diversifiée, est-il acceptable de voir se solidifier l’appareil politique ? Est-il normal d’avoir un parlement aussi peu représentatif de l’innombrable variété des profils de citoyens qu’ils sont sensés servir ?

C’est pourquoi nous estimons nécessaire de faire un inventaire de l’ensemble des mandats rémunérés et non rémunérés afin d’établir une grille de compatibilités (ceux qui peuvent éventuellement se cumuler entre eux) ainsi que le nombre de mandats consécutifs possibles (la limité est de deux pour le président de la république).

Cette limitation du nombre de mandats induit une réflexion sur la manière dont les élus retournent dans la vie publique ou privée. Cette réflexion ne doit pas traitée séparément de celle qui concerne l’ensemble des citoyens privés temporairement d’activité rémunérée. 

Dans l’état actuel des choses, le parti qui s’en sortira, sera celui qui proposera un programme répondant aux attentes des citoyens. Deux solutions : soit ce parti dispose d’un important trésor de guerre avec lequel il va faire plancher un bataillon d’hyperexperts. La soupe sera bien présentée et sans doute bonne, mais pas authentique.

L’autre solution consiste à écouter et organiser ce que les citoyens ont à dire. Leurs souffrances leur ouvrent parfois le cœur, en tout les cas l’esprit. Cette voie est plus courageuse. Elle coûte nettement moins cher et permet de servir une soupe authentique. Les électeurs ne s’y tromperont pas.

Gabriel Dagorn, Geneviève Bouché, et Gilles Lacan