24août 2009
Pauvreté : Quels enjeux pour notre modèle de développement ?
Par Jacques-Henri Strauss
- Projet
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Mouise, dénuement, misère, guigne, dèche, clochard, SDF, RMI… de quelque nom dont on l’affuble la pauvreté nous guette tous, elle nous inquiète, telle une lèpre contagieuse que nous tentons d'occulter plutôt que de la combattre.
La pauvreté ne frappe pas qu'un voisin imaginaire, elle est au cœur des familles, dans nos cités et nos villages … et nous ne faisons rien, ou si peu !
Or, la pauvreté engendre de la pauvreté de par le fait que, régie par la loi du plus fort, elle attise des comportements individualistes et laisse la part belle aux citoyens sans scrupules, ceux qui s’accommodent de la corruption et du cynisme !
Il faut la combattre avant qu’elle ne prenne ses aises. Ce combat est essentiel pour prospérer.
Dans l’économie vers laquelle nous nous acheminons, il est nécessaire de donner à chaque individu son espace de contribution, c’est-à-dire la possibilité d’honorer ses obligations de citoyen et de créer de la valeur grâce à ses talents et ses savoir-faire. Il est évident qu’un homme affaibli réduit sa contribution … quand elle ne devient pas carrément négative, ce qui est pénible, surtout pour lui.
La valse des chiffres
Certes, mourir de faim en France reste exceptionnel (quelques dizaines de cas par an, hélas mal répertoriés). Mais pour autant, nombreux sont ceux qui doivent recourir aux associations humanitaires pour leur survie au quotidien, sans compter les innombrables assistés de toutes natures grâce aux deniers publics, nationaux et européens. Leur nombre ne cesse de croître. Ce décompte est hélas difficile à établir. Il est même sujet à caution.
La pauvreté elle-même est difficile à appréhender. Il existe néanmoins une définition statistique communément admise pour la mesurer. Selon la définition européenne, est pauvre celui dont le revenu net est inférieur à 60 % du niveau du revenu médian d'un pays. En France ce seuil oscille autour de 1 463 €/mois.
Nous avons donc en France 11 millions de pauvres fin 2008. C'est énorme !! Les projections, selon mes calculs, pour fin 2009 et fin 2010 avoisinent respectivement 13,5 et 16 millions. Soit 17,8 % fin 2008, 21,8 % fin 2009 et 25,8 % fin 2010.
Un français sur quatre peut craindre d’être un pauvre fin 2010.
Exceptions françaises
La France fait valoir, en la matière, ses petites exceptions.
La première exception française est que nos gouvernants tiennent compte d'un critère qui leur est propre.
En France on est pauvre lorsque le revenu est inférieur à 50 % du revenu médian, soit environ 732 € par mois. Pratique !! D'un coup d'un seul, on passe de 11 millions de pauvres à 5 millions seulement. Compte tenu de la répartition des revenus cela signifie que les ménages qui se situent entre 60 et 70 % du revenu médian sont nombreux.
La seconde exception française est que nous parlons de lutte contre l'exclusion là où les autres pays parlent de plans d'inclusion.
En clair, ailleurs en Europe on s'efforce de faire en sorte qu'il y ait moins de pauvres. À titre indicatif, le Danemark est à 3,0 % de pauvres et compte atteindre cette année la barre de 2,8 %. La Suède et la Finlande comptent rejoindre cette année la Suisse sous la barre des 3,0 %.
En parlant de lutte contre l'exclusion, la France a pris le parti de réduire non pas le nombre des pauvres, mais de réduire le nombre de pauvres recensés, ce qui fausse le débat.
La troisième exception française concerne la faiblesse des moyens mis en œuvre pour endiguer ce drame.
Tous les trois ans, la France doit se plier aux obligations de la Commission européenne et des Objectifs de Lisbonne. Elle publie donc son PNAI (Plan National d'Action pour l'Inclusion). Un document de réflexion et de planification des actions que la France entend mener durant les trois prochaines années. Autant dire un document essentiel ...
Détail significatif : pour planifier l'ensemble de nos actions la France y consacre un trimestre d'un unique fonctionnaire tous les trois ans... Soit un mois par an en moyenne. Un petit mois d'une seule personne pour planifier les actions qui touchaient 1 français sur 6 et peut-être un jour 1 sur 4 directement, et l’ensemble de la population, indirectement.
Est-ce bien raisonnable ?
Quelle société voulons-nous ?
Nous pourrions chercher à atteindre les objectifs de nos meilleurs voisins européens. Osons !!
La pauvreté n'est pas seulement une catégorie comptable comme le montrent les critères de l'Union, ceux du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) et de toutes les autres institutions s’intéressant à la chose. La pauvreté c'est aussi la misère affective, l'absence de perspectives d'avenir, l'insatisfaction de notre société d'hyperconsommation … le gâchis de ces talents qui ne s’exprimeront jamais.
« Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité » Gandhi.
Pour penser un nouveau mode de développement, un modèle qui laisse sa juste place aux aspirations humaines en veillant au respect de tout et de tous : nous devons changer nos échelles de valeur et nos critères de réussites
La crise est l'occasion rêvée de remettre à plat notre société. Alors oui, définissons une nouvelle norme d'évaluation de la pauvreté, à l'instar de l'indice de développement humain (IDH qui intègre des notions de santé, d’éducation et de niveau de vie), qui prend en compte d'autres facteurs !
Fait inacceptable, l’Europe et plus particulièrement la France possèdent un des meilleurs indices IDH. Le traitement de la pauvreté en France relève donc d’une volonté de lutter contre le cynisme économique et d’une approche de la pauvreté qui soit une rupture honnête avec la vision charitable mais méprisante de ce fléau.
Au-delà de cet indice, nous devons travailler sur un bouclier social et économique qui permette d’empêcher les hommes et les femmes sains de corps et d’esprit de sombrer dans le gouffre … un bouclier conçu avec réalisme et dignité.
Jacques-Henri Strauss, Gilles Lacan, Geneviève Bouché,
et Christian Delom





7 commentaires
Il existe déjà un projet humaniste de développement et lutte contre la pauvreté. Il a été développé par le prix Nobel de la Paix 2006 Muhammad Yunus. Il a théorisé dans son livre "vers un nouveau capitalisme", le concept de social business. Ce sont des entreprises dont le but n'est pas de générer des plus values financières, mais un bénéfice social. C'est actuellement en pleines expansion avec des résultats probants même en France (les Jardins de cocagne ont réinséré 25000 personnes, le Chenelet 2500...) .
J'ai tout résumé, expliqué sur mon blog: http://boite-a-idee.over-blog.com/p...
D'autre part sur Face book un groupe de plus de 300 militants du MoDem s'est constitué pour que cette question soit prise en main par le mouvement.
http://www.facebook.com/topic.php?t...
Un projet humanisme à mon sens peu réussir si nous prenons notre responsabilité à un changement de regard. Je suis consciente de cet argument pertinent, mais si nous le faisont pas les mots les plus fort pour exprimer le projet de société ne fera pas avancer notre demande, et surtout pour les personnes qui attendent ce changement.
et comment comptez-vous financer ce bouclier social ?
Certes, certes... Mais la vocation d'un parti politique est aussi de proposer des mesures concrètes pour lutter contre la pauvreté. Si l'initiative de l'IDH est très intéressante, elle ne reste qu'un indice permettant de réaliser un classement mondial ou d'observer une évolution d'une année sur l'autre mais ce seul indice n'apporte rien de concret aux humains. Quelles sont les propositions opérationnelles de lutte contre la pauvreté du MoDem ?
Si il exsite des propositions de la lutte contre la pauvreté du Modem, j'aimerai les connaîtres.
Je formule une proposition peut être mal exprimé, mais qui à surement du sens. Le contrôle des aides social devrait voir le jour.
Dans ma situaion personnelle, j'aurai probablement droit à une réduction téléphonique, mais je n'en ai jamais fait la demande car je ne suis pas du genre de profiter des bonnes attention des organismes.
Trop de citoyens profite de tout. Je participe aussi à la solidarité pour ceux qui ont la CMU.
La pauvreté est quelque chose de très compliqué. Nous devrions laisser les aides sociale (financer par l'état) pour les personnes qui sont dans l'extrème pauvreté et réduire voir retiré les aides comme réductions sur la facture de téléphone où je ne sais quoi encore.
Concernant l'article sur la pauvreté et son traitement indigent par l"élité" française depuis la fin des trente glorieuses, puisque vous citez Gandhi, je me lance en citant un de ses collèques Mahaatma (Grande Âme) que j'ai bien connu(e) dans ma jeunesse : "Qui vit sans désir vit comme un roi, qui vit avec peu de désirs vit comme un prince, qui vit avec beaucoup de désirs vit comme un mendiant"
Si vous voulez proposer un plan contre la pauvreté pour le pays, au delà du bla-bla politique, faites une étude sérieuse avec des professionnels économistes, sociologues, psychologues spécialistes du sujet. le problème est sérieux et la solution difficile.
Une piste : Esther Duflo une des meilleure jeune économiste de France cofondatrice du Poverty action Lab au MIT en 2003 et qui a fait une lecon inaugurale en 2009 au Collège de France à la création de la chaire Savoirs et pauvreté.
Etudier aussi les plans d'inclusion des pays européen voisins.
De toute manière la redistribution n'est pas la solution.
Chaque pays a sa propre psychologie sociale et ses résistances.
Quels processus dynamiques de développement adapté.
C'est un projet économique, social et politique de longue durée fait avec des professionnels.
Aux politiques d'obtenir un budget et une organisation.
Du concret au delà de la compétition politique.