L’identité MoDem n’est-elle pas le dialogue ? Par ailleurs, qui assure François Bayrou que ces candidats ne céderont pas aux sirènes de Mme Royal entre les deux tours, comme on a vu de purs MoDem aller visiter d’autres partis lors de l’entre-deux tours des Municipales ? Il va falloir basculer vers une vraie politique d’alternance à la politique vaine du système en place depuis 40 ans. C’est inéluctable.

Comment François Bayrou pense-t-il constituer un éventuel gouvernement en 2012, puisqu’il n’a pas suffisamment de cadres gouvernementiables et que les compétences internes au MoDem n’auront pas le temps de faire leurs preuves ? Il y a une voie médiane à trouver entre ces propositions et réactions personnelles.

Mais avant de l’exposer et pour faire taire les arguties, qu’on comprenne bien que Mme Royal ne pouvait pas proposer de se rapprocher du MoDem de but en blanc, puisqu’elle risquait de se voir opposer un refus et qu’à ce moment-là elle aurait été dans une position de trépas politique avancé. Mais quand on veut tâter le terrain comme elle le fait, on propose quelque chose. C’est ce qu’elle a fait. La réponse doit donc être à notre sens une contre-proposition sur la base d’un dialogue entre personnes autour d’un projet.

On devrait lui suggérer de se prononcer sur le programme du MoDem dont on lui enverrait obligeamment une copie et ainsi, au lieu de détourner l’attention des médias sur ladite proposition, on les mettrait en attente de la réaction de la présidente du Poitou par rapport à un programme MoDem dont la vocation est de rassembler tous les Français. D’ailleurs, comment peut-on faire ce programme et humilier en même temps une ex-candidate à la Présidentielle ? C’est trop contradictoire.

Par ailleurs, c’est aussi pour le MoDem sacrifier les Régionales pour lesquels le score de 5 % est un souhait plutôt qu’une promesse. Avec un rapprochement de Mme Royal, on faciliterait les choses avant même d’escompter l’apport de voix socialistes, qui ne sauraient être négligeables. Cela chagrinerait-il les voix de centre-droit ? Sûrement pas, si les choses sont bien conduites : c'est une adhérente du PS qui rejoint la démarche d'un chef de parti, et non le contraire.

En outre, il y a gros à miser sur la division au PS, et le MoDem ne gagnera pas sans un affaiblissement de ses adversaires. Il faut savoir si on accepte le dialogue avec les forces du présent et de l’avenir autrement qu’à nos strictes conditions. Nous nous situons pour notre part dans une volonté farouche de garder nos couleurs intactes au premier tour, voire au-delà. Mais dialoguer n’est pas se dénaturer.

Et puis voici l'argument qui tue : mieux vaut accepter des dialogues et des rapprochements à l’avance que le faire entre les deux tours ! Car ces tractations politicardes ne manqueront pas de surgir à ce moment-là, ce que les  Français détestent. Sur ce point, Ségolène a parfaitement raison.

Analysons la logique suivie par les conseillers de François Bayrou : l’étape importante, c’est la présidentielle. En repoussant Ségo, on se dit qu’elle se radicalisera et donc se présentera comme candidate en 2012, ce qui divisera le PS en une liste de légitimistes officiels, et une liste ségoléniste. Mais garde ! un PS divisé fera peut-être mieux qu’un MoDem seul. En outre, on perd les régionales qui sont pourtant indispensables comme tremplin pour 2012.

En politique, il ne faut jamais être dans la position de celui qui dit non. À François Bayrou de reprendre la balle au bond.
 
Rémy DAILLET-WIEDEMANN, Conseiller National

Photo : Ségolène Royal et Francois Bayrou, le 20 avril 2008, à Fort-de-France (Martinique)
(REUTERS/Patrick Hertzog/Pool)